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Top Actrices 2015

Les années précédentes nous proposions un top 10 des meilleures actrices, leurs visages s'affichaient ainsi de la première à la dixième place selon nos coups de coeur. Cette année, petite nouveauté, chaque rédacteur a proposé de présenter l'actrice qui l'avait marqué et d'expliquer dans un petit paragraphe pourquoi il l'avait choisie. Plus de classement donc, elles sont simplement présentées par ordre alphabétique.

Leïla Bekhti dans L'Astragle de Brigitte Sy

L’Astragale, le film de Brigitte Sy, a un destin étroitement lié a celui d’Albertine Sarrazin, dont il raconte l’histoire, même beauté fulgurante et poétique qui s’éteint tragiquement dans l’anonymat. Alors que c’est sans conteste l’un des plus beaux films français de l’année, il ne fait pas partie de ceux qui gagnent des prix et qu’on retrouve dans les habituels tops 10. Albertine Sarrazin est pourtant un personnage magnifique auquel Leïla Bekthi apporte une sorte de tristesse joyeuse qui passe comme un voile dans la profondeur de ses grands yeux noirs, quelque chose d'infiniment bouleversant. On a envie de la prendre dans ses bras, de lui dire que tout ira bien, on voudrait que ce destin si tragique (Albertine Sarrazin est morte à 29 ans) ait été différent. Le film est à l'image de son interprète principale, la lumineuse Leïla Bekthi, dont le sublime sourire triste vient envelopper d'une somptueuse mélancolie romantique la vie de cette femme insoumise, libre et affranchie. Elle ne sera sans doute pas célébrée aux César, mais qu'importe, nous étions là et avons été témoins de cet immense rôle de femme comme on en voit peu et à jamais nous garderons dans notre cœur le reflet de ce grand sourire déchirant et de ses grands yeux brûlants de vie venus nous le percer comme une flèche.

Grégory Audermatte

Raffey Cassidy dans Tomorrowland de Brad Bird

Du haut de ses treize ans, Raffey Cassidy est la grande attraction de Tomorrowland, le film euphorisant et optimiste de Brad Bird. Passant du rire aux larmes en un battement de paupière, ce clone miniature d'Audrey Hepburn laisse planer tout au long du récit, le doute sur la nature humaine de sa performance, au point de se demander si l'équipe des effets spéciaux ne s'est pas glissée derrière ce sourire mutin pour brouiller la frontière qui sépare l'actrice du rôle qu'elle incarne à l'écran.

Manuel Haas

Jessica Chastain dans Crimson Peak de Guillermo del Toro

Y a-t-il encore un rôle qui peut échapper à Jessica Chastain ? On se le demande. La preuve on ne voit plus qu’elle depuis 2011 et son rôle de mère douceur dans The Tree of Life.  Cette année elle a été tour à tour fabuleuse manipulatrice dans A Most Violent Year, capitaine de mission dans Seul sur Mars, et sœur perverse dans Crimson Peak de Del Toro. C’est son rôle dans ce dernier film qu’on retient. Elle avait rarement interprété un tel démon, son jeu reptilien fait des merveilles et sa palette d’actrice se colore d’un rouge flamboyant. Il faut la voir massacrer le crâne d’un pauvre homme sur le rebord d’un lavabo ou courir comme une démente à la poursuite de l’ingénue Mia Wasikowska dans les escaliers décrépis de Crimson Peak. Elle endosse le costume glacé des héroïnes hitchcockiennes et leur inquiétant jeu double, puissance et sensualité.

Cyrille Falisse

Anaïs Demoustier dans Caprice d'Emmanuel Mouret

Après m’avoir épaté, chez François Ozon, en toute fin d’année dernière, Anaïs Demoustier continue à m’impressionner avec A trois on y va, puis avec Caprice, d’Emmanuel Mouret. Dans ce dernier, elle incarne un personnage particulièrement fantasque, qu’elle parvient pourtant à humaniser au point de le faire haïr par autant de spectateurs qu’à le faire aimer par d’autres. A titre personnel, je n’ai pas eu le moindre mal à en tomber amoureux. Et au-delà de Caprice, ce que j’aime, chez Demoustier, réside peut-être moins dans son incroyable sens du rythme que dans le charme d’un léger accent, étonnamment insituable, et qui ne perce qu’à l’occasion de légères inflexions de voix. Constituant la marque que seuls les plus attentifs auront su distinguer, il est, à mon sens, ce qui achève de conférer à la comédienne un naturel se juxtaposant avec élégance à son jeu des plus soigné.

Soleil Håkansson

Golshifteh Farahani dans Les Deux Amis de Louis Garrel

Golshifteh Farahani pour son interprétation brute de Mona, qui va d’un extrême à l’autre. Tantôt douce et légère, sa beauté se révèle au travers d’un sourire entier et franc, tantôt sombre et instable, sa colère semble puiser son incroyable énergie dans un terreau trouble et complexe. Nous la suivons sans rechigner de l’un à l’autre, et sur le chemin nous trouvons de purs moments de grâce, dans lesquels toutes ces nuances se transcendent les unes les autres - je veux, bien sûr, parler de cette scène où elle danse seule, dans un bar désert, séduisante et déstabilisante, sous les yeux d’un Louis Garrel (presque) subjugué.

Margaux Latour

Eri Fukatsu dans Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa

Le cinéma asiatique regorge d’acteurs et d’actrices incroyables, en regardant dans leurs yeux on a parfois l’impression de voir perler leur âme. Eri Fukatsu fait partie de cette caste rare. Dans le film de Kurosawa, son personnage Mizuki retrouve le fantôme de son mari après trois ans d’absence. Chaque heure passée à son contact peut être la dernière. Eri Fukatsu parvient à incarner cette instabilité forcée. Elle offre à son personnage une dimension dense et multiple jonglant entre la tristesse et le bonheur, la gravité ou la légèreté, l’espoir et la résignation que lui procure cette situation inédite. Elle s’efface souvent d’ailleurs avec beaucoup d’élégance, n’offrant pour seule emprise à la caméra que la gravité de son beau visage.

Cyrille Falisse

Tihana Lazovic dans Soleil de Plomb de Dalibor Matanic

Soleil de plomb de Dalibor Matanic a gagné le Prix du Jury Un certain Regard au dernier festival de Cannes. À ce jour, ce film distribué par Bac Films n'a toujours pas annoncé de date définitive de sortie. C'est très ennuyeux. Soleil de plomb est peut-être avec Vice Versa le film incontestablement réussi qu'on ait pu voir sur la Croisette. On me pardonnera donc cet écart en parlant de la comédienne principale, tant il m'est impossible de ne pas en parler cette année et devoir encore prendre mon mal en patience et attendre un an de plus. Tihana Lazovic joue dans trois histoires d'amour différentes qui se déroulent chacune à dix ans d'écart à la frontière serbo croate. Véritable force de caractère, aussi à l'aise dans les moments de silence que dans les dialogues, toujours surprenante, sexuelle sans être particulièrement magnifique, elle est l'incarnation cette année de nos désirs et des fantômes de nos amours mortes. 

Frédéric Mercier

Jennifer Lawrence dans Hunger Games : La révolte partie 2 de Francis Lawrence

Elle est l'étoile montante d'Hollywood mais Jennifer Lawrence joue depuis longtemps et apporte comme à chacune de ses prestations une dimension supplémentaire au personnage. Katniss, fidèle au livre, est une héroïne complexe. Adulée par le peuple, utilisée par le parti révolutionnaire, et menacée par le gouvernement en place. Jennifer, spécialiste des personnages apatrides, nous entraîne brillamment dans sa survie et sa recherche de la vérité. Elle aurait fait une magnifique Julia dans 1984.

Valse Noire

Günes Nezihe Sensoy dans Mustang de Deniz Gamze Ergüven

Au-delà des vagues successives d'amour que dégage le film, brille la jeunesse fougueuse d'une enfant à l’idéalisme imposé et au besoin irrépressible d'être libre. Parmi ses sœurs, merveilleuses, elle est celle qui fuit peut être plus vite ou plus fort ses traditions (ndlr : celles de ses parents). Gunes Nezihe Sensoy a treize ans et bouleverse par la simplicité et l'évidence de son jeu entre percussions de rire et de larmes jusqu'à l'ouverture finale sur un avenir qu'on espère le sien.

Lucien Halflants

Sidse Babett Knudsen dans The Duke Of Burgundy de Peter Strickland



Découverte dans la série Borgen, l’an prochain au générique des films de Ron Howard et d’Emmanuelle Bercot, Sidse Babett Knudsen est actuellement à l’affiche de L’Hermine, luchinerie à succès. Mais c’est surtout dans le joyau noir de Peter Strickland que l’actrice danoise a impressionné nos rétines. En porte-jarretelles ou en pyjama, dominatrice maladroite ou amoureuse anxieuse, il fallait tout l’art subtil de Sidse Babett Knudsen pour toucher les spectateurs en plein cœur au delà des coquetteries stylistiques raffinées du réalisateur anglais.

Olivier Grinnaert

Greta Scarano dans Suburra de Stefano Sollima

2015, année de vengeresses ? Après l’impératrice Furiosa, la Viola de Suburra est sans doute le personnage féminin le plus enthousiasmant de l’année. Dans le film de Stefano Sollima, c’est une junkie qui déclenche l’apocalypse qui s’abat sur une Rome, corrompue et gangrénée. Dans une scène mémorable, elle assiste au meurtre de son petit ami alors qu’elle vient de se faire un fixe. Complètement défoncée, elle rampe alors comme un animal blessé pour s’enfuir par une trappe. Son visage l’instant d’avant complètement apaisé se déforme soudainement sous la douleur du choc. Le visage punk le plus mémorable.

Cyrille Falisse

Emma Stone dans Aloha de Cameron Crowe

Avec son timbre haut perché, ses yeux cristallins capables de passer en un clin d’oeil (qu’elle a mutin) des dimensions de l’univers à une minuscule ligne bridée du plus bel effet, son énergie qui déborde les hommes et les pousse dans des abîmes de vulnérabilité, Emma Stone a tout d’une héritière de Katharine Hepburn. Pour qui suit la carrière de la pétillante, le lien était latent depuis déjà plusieurs films, avant de s’imposer comme une évidence dans la délicieuse ballade romantique Aloha. Malheureusement, l’une des plus enthousiasmantes performances de l’année aura été largement méconnue du public, le film de l’inégal, mais méritant, Cameron Crowe ayant vu sa sortie française sabordée par son flop nord-américain injustifié. C’est un grand tort fait à la comédienne en pleine ascension, tant cette variation atypique autour des comédies du remariage des Howard Hawks ou des Billy Wilder d’antan en fait sa véritable star. Elle est la force centrifuge de ce poker amoureux, et attire par magnétisme toutes les attentions de la caméra. À elle seule est réservée, dès son premier plan, un ample et très rapide travelling avant pour la révéler à l’écran, qu’elle occupe avec les mêmes gestes raides et excentriques que la grande Kate. Une expression rabâchée a coutume de dire qu’un(e) comédien(ne) marche dans les pas d’un autre. La métaphore n’a pourtant jamais mieux convenu à Emma Stone, qui travaille le mimétisme à grandes enjambées, les mêmes que celles de Hepburn à la poursuite des hommes-objets de son affection.

Emmanuel Raspiengeas

Charlize Theron dans Mad Max: Fury Road de George Miller

 Ahhh.... Furiosa ! Charlize Theron en guerrière bad ass. Cheveux courts et face de Ripley, celle qui tenait tête à la gente masculine depuis Monster, a endossé le plus féministe de ses rôles, menant à plein gaz sa bande d'amazones dans un monde de pondeuses et de tireuses à lait. Plus hardie que Tom, la tank-girl dirige l'opéra post-apocalyptique en crevant l'écran et quelques pneus, contre un idéal disparu. Un personnage fort pour une actrice dont le potentiel ne se réveille que sous la colère.

Elle aura beau s'agripper à sa corde en satin, l'égérie Dior est bien plus sexy quand elle dégomme la racaille des sables. Future is told.

Florian Millot

Sofia Zeroual dans Fatima de Philippe Faucon

Soria Zeroual n'est pas une actrice de profession. Son métier, c'est femme de ménage, comme le personnage éponyme qu'elle incarne dans le magnifique film de Philippe Faucon. Le cinéaste, qui fait une nouvelle fois mouche avec un film tout en sobriété en prise directe avec la réalité de notre société métissée, a choisi l'incarnation plutôt que le "jeu". Soria Zeroual et Fatima partagent plus qu'une origine géographique (la banlieue lyonnaise) et une situation sociale (un travail précaire). Elles transmettent aux spectateurs les idées modernes d'un cinéaste qui n'a pas peur de montrer la France d'aujourd'hui, la France des banlieues et celle qui les regarde avec dédain. Tout en douceur et en charme, Soria Zeroual magnifie ces contradictions, jouant des langues françaises et arabes en fonction de ses interlocuteurs (la sphère professionnelle opposée à celle de la famille). Sur les épaules fragiles de cette femme destinée à rester une anonyme parmi tant d'autres, se dessine le portrait d'une France des banlieues combattante et modeste. On ne pouvait sans doute pas trouver meilleure actrice pour ce rôle. Au-delà de la pure incarnation, on découvre aussi à travers certaines scènes intimes et bouleversantes (la dernière notamment) la force qui se dégage du jeu de Soria Zeroual, consciente plus que n'importe quelle comédienne professionnelle des enjeux propres à ce personnage, et à ce film. Plus qu'une actrice, une ambassadrice.

Jérémy Martin

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Critique mise en ligne le 18 Décembre 2015

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Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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